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Savez-vous remarquer que votre public s’ennuie ?

J’ai récemment animé une réunion en binôme avec un de mes collègues, très expérimenté. Je comptais sur son expertise et sa connaissance du public que nous avions face à nous pour captiver l’auditoire. Malheureusement, cela ne s’est pas produit. Dès qu’il a commencé à prendre la parole, les gens ont manifesté leur ennui et même leur désintérêt. Et lui ne semblait pas le remarquer. Il continuait son speech comme si de rien n’était. J’étais d’abord déçue, puis je me suis sentie carrément gênée. J’ai finalement repris la main, posé des questions, utilisé le paperboard, et la réunion s’est bien passée. Je ne comprends pas comment on peut passer à côté de tels signaux ! (Sophia, consultante en agence de communication-RP).

En réponse au questionnement de Sophia, un témoignage d’une formatrice qui a vécu des situations similaires.

« Il y a maintenant plusieurs années, j’ai dû, alors que ce métier était encore nouveau pour moi, remplacer au pied levé un de mes collègues expérimenté en techniques et méthodes de résolution de problèmes, pour assurer en anglais et pendant 3 jours, chez l’un de nos plus gros clients, la formation de jeunes ingénieurs en charge de la maintenance des réseaux informatiques.

Ce qui aurait été une promenade de santé pour mon collègue était alors pour moi un challenge : bien que solidement formée aux techniques que j’avais à enseigner aussi bien qu’à mon rôle de formatrice, je ne suis ni ingénieure ni informaticienne. Et je savais que j’allais faire face à une quinzaine de participants exigeants, à former dans une langue que je maîtrise mais qui n’est pas ma langue maternelle.

C’est pourquoi, bien qu’ayant profité du court laps de temps qui me restait pour préparer aussi sérieusement que possible mon animation, j’abordai la première matinée de ce séminaire avec quelques « papillons dans l’estomac ».

Après environ 2 heures d’intervention, je perçus des rires étouffés et des chuchotements amusés. Pensant que mon accent français en était la cause, je demandai au groupe si ce que je leur disais était compréhensible. Sur leur réponse positive, je repris mon exposé lorsqu’un léger ronflement me fit tourner la tête : un peu caché à ma vision par le paperboard, l’un des participants s’était indubitablement endormi ! Je compris alors la raison des rires que j’entendais, mais j’en déduisis que, hélas, je devais être terriblement ennuyeuse…
… d’autant plus que certaines personnes avaient subrepticement  allumé leurs ordinateurs portables, malgré ma demande, en début de session, de ne pas le faire, car ils sont inutiles dans ce type de cours.

A la pause du milieu de matinée, le dormeur s’éveilla et me regarda, confus : « Je vous présente toutes mes excuses »me dit-il «je suis hypersomniaque et il m’arrive de m’endormir fréquemment dans la journée. Je vais faire mon possible pour vous écouter, mais je vous prie de me pardonner si vous me voyez décrocher de temps en temps ».
Deux autres personnes –parmi celles qui avaient allumé leurs ordinateurs portables- vinrent me trouver : « Nous devons absolument rester connectés. Personne ne nous remplace pendant la formation et si un problème survient sur le réseau, nous ne pouvons pas attendre la fin de la journée pour nous en occuper.». Etonnée, je téléphonai rapidement au collègue que je remplaçais. Il  me confirma que les jeunes ingénieurs de cette entreprise savaient participer activement aux séminaires tout en assurant leur veille technique.
C’est ce que je constatai après avoir annoncé la libre utilisation des ordinateurs portables et le séminaire fut un succès.

Que m’a enseigné cette expérience ?
Tout d’abord à ne pas être égocentré : ce n’est pas forcément de vous qu’on rit  et quelqu’un qui baille ou s’endort ne vous trouve pas forcément ennuyeux. Ensuite, que certaines têtes bien faites de la génération Y sont multitâches.
Mais surtout, j’ai compris que repérer les signaux de son public ne sert à rien si on ne les interprète pas de la bonne façon. Il est essentiel  de tenir compte non seulement de ce qu’on dit ou fait mais aussi de l’environnement (ah, les salles de réunion trop chaudes, trop froides ou trop petites !), du contexte (par exemple, l’annonce des mauvais résultats trimestriels de l’entreprise), de la culture du public (dans certaines sociétés être en retard aux réunions est une culture), voire de la personnalité des individus qui composent le public.
Cette bonne interprétation nécessite humilité et écoute de l’autre, ainsi qu’un brin de créativité et une bonne maîtrise de son sujet -pour ne pas le perdre en route- afin de s’adapter rapidement et efficacement. Mais elle vous aidera à coup sûr à faire de votre intervention un plein succès. »

Françoise Goullieux et Anne Girard