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Orateur ennuyeux ou public ennuyé ?

En dressant la liste des situations dans lesquelles il est amené à prendre la parole en public, Jean comprend qu’il peut les classer en deux catégories. Celles dans lesquelles il se sent à l’aise et celles qui, selon ses mots, le stressent. Le dénominateur commun entre les situations d’une même catégorie n’est pas le nombre de personnes dans le public, ni même le sujet traité. Quel est donc le lien ?

La question reste en suspend jusqu’au jour où Jean prend la parole devant 100 personnes. Il doit présenter son activité professionnelle en 10 minutes. Auparavant, Jean a déjà observé certains de ces collègues dans le même exercice. En tant que public, il s’était ennuyé, et il n’était pas le seul… Il se donne comme objectif de ne pas faire une présentation « ennuyeuse ». Il choisit le registre de l’humour et de l’auto-dérision. Les rires fusent et les applaudissements retentissent. Pari gagné.

Lors du debriefing, nous essayons de comprendre ce qui s’est joué pendant cette présentation pour pouvoir reproduire ce succès. Jean est persuadé que ce qui a joué était son texte humoristique. Il regrette qu’il n’ait pas la possibilité d’utiliser l’humour à chaque fois ! Nous décidons d’organiser un jeu de rôle (à deux) dans lequel il aurait la possibilité de faire de l’humour pour détendre son interlocutrice. Il en a tout à fait les capacités. Mais cela ne se produit pas. Car Jean se focalise sur le comportement et la gestuelle de son vis-à-vis, qu’il interprète (à tort) comme le signe d’un ennui profond. Il interrompt même le jeu de rôle et exprime tout l’inconfort et le déplaisir que lui inspire cette situation dans laquelle il se sent ennuyeux, sous le regard de l’autre.

Au cours de la discussion qui suit, Jean fait le lien avec la présentation devant 100 personnes. Mis en confiance par le contenu de son texte, il n’a pas une seule seconde analysé ou interprété les comportements des 100 participants. Les premiers rires l’ont convaincu que ceux-ci étaient attentifs, et qu’il n’était pas ennuyeux. Du coup, tout à son plaisir, il a donné de l’ampleur à sa présence sur l’estrade. A l’inverse, face à une seule personne, il s’est focalisé sur des détails, a perdu confiance et, se sentant ennuyeux, a perdu le plaisir de l’interaction, alors même que son attitude et ses propos retenaient l’attention de son interlocutrice…