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J’ai perdu le fil de mon discours, au secours !

En plein milieu d’une intervention en public, nous voici « sans voix » : nous avons oublié ce que nous avions à dire et nous sommes presque au bord de la panique. Que nous arrive-t-il ?

Analysons cette situation au travers du film « Alceste à bicyclette »*.

Dans l’une des scènes finales du film, le comédien Gauthier Valence, qui joue le rôle d’Alceste, oublie son texte lors de la première du « Misanthrope ». Auparavant, Gauthier a répété la pièce avec Serge Tanneur, qui a autrefois triomphé dans ce rôle. Lors de l’une de ces répétitions, Gauthier se fait reprendre de façon agressive par Serge au sujet d’une erreur dans la diction de son texte. Il s’en suit une dispute homérique qui mettra fin aux relations chaotiques et au travail commun et des deux protagonistes.

Cette dispute atteint profondément Gauthier, plus qu’il ne se l’avoue : des mois plus tard, dans un théâtre prestigieux, devant un public choisi, qui a vu Serge jouer ce même personnage, dire ce passage réactivera en lui toutes ces émotions. Rivalité, jalousie, sentiment d’illégitimité lui feront perdre pied. Le voilà qui bute, qui bégaye et qui reste muet.

Nous avons presque tous en mémoire des moments où, au beau milieu d’une intervention en public, nous nous sommes soudain retrouvés bafouillant ou même silencieux, paralysés et étreints d’une panique glaçante, alors que nous maîtrisions parfaitement notre sujet et que nous savions notre texte « par cœur ». Ensuite, nous ne comprenons pas ce qui a bien pu se produire et, parfois, nous craignons de vivre à nouveau cette expérience.

C’est que la mémoire du cerveau n’est pas celle des émotions. Ce fameux « par cœur » de notre enfance, n’est qu’un « par tête »! Pendant que nous préparions ou révisions notre intervention, nous avons vécu des évènements divers et le retentissement de certains d’entre eux fut peut-être assez fort pour que, soudain, apparemment « sans raison », bien plus tard, tout remonte à la surface. Ou encore, lors de notre intervention, un incident  a-t-il déclenché une réminiscence encore plus ancienne et paralysante.

Nous devrions alors nous demander alors quelles émotions et sensations ont été réactivées en nous au moment où nous avons perdu pied : A quoi avons-nous été sensibles, qui était oublié ? Un bruit, un mouvement, une odeur –la madeleine de Proust- qui nous a projetés dans un autre temps et nous a remis dans la sensation que nous avions éprouvée alors ?

Répondre à ces questions est un début de compréhension des peurs « irrationnelles » qui assaillent certains d’entre nous toutes les fois où ils se trouvent devant l’obligation de parler en public.
Cela  sera plus ou moins simple selon le contexte de l’évènement ou l’histoire personnelle de chacun. Mais se les poser nous conduit à une meilleure connaissance de nous-mêmes et nous permettra de répondre plus facilement à deux autres : Qu’est-ce qui aurait pu m’aider à surmonter cette sensation ? Qu’est ce qui me permettra, la prochaine fois, d’accepter mon émotion, de la diriger et de la maîtriser pour, peut-être, la transformer en force… de persuasion ?

 Françoise Goullieux

*Alceste à bicyclette est un film Philippe Le Guay sorti en Janvier 2013 avec Fabrice Lucchini (Serge Tanneur), Lambert Wilson (Gauthier Valence) et Maya Sansa dans les rôles principaux. Je vous recommande vivement de le voir si vous ne l’avez pas encore fait !