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Décryptage 3ème round Trump-Clinton : le pouvoir de l’intention

Moment historique pour plusieurs raisons et en particulier une ultime transgression de Donald Trump qui refuse de dire s’il acceptera le verdict des urnes, ce troisième et dernier débat semble à première vue assez banal sur le plan de la forme. Et pourtant…

Certes, son format est identique au premier débat. Chaque candidat est derrière son pupitre et fait face à un unique modérateur, Chris Wallace, journaliste à FoxNews. Un public est situé derrière Chris Wallace.

Il est vrai que les règles du jeu sont également semblables : 2 minutes pour répondre, on ne doit pas interrompre l’autre candidat lorsqu’il parle, et le public n’est pas sensé pas s’exprimer. Pourtant celui-ci est rappelé à l’ordre plusieurs fois (« Hold on Folks ! »), par Chris Wallace, notamment lorsque Trump accuse Clinton de vouloir ouvrir les frontières, lorsque Hillary se moque de Donald à propos de l’acier chinois qu’il utilise dans ses constructions, ou lorsque Trump dénonce la corruption du système et des média (« It’s rigged » « C’est truqué)). Notons que les réactions du public sont beaucoup moins audibles que lors du premier débat. Celui-ci qui est donc le plus impacté par ces dernières est donc… Chris Wallace ! Journaliste connu pour sa capacité à poser des questions qui dérangent, Chris Wallace est sans doute, dans ce débat, le vrai public pour Hillary Clinton et Donald Trump. Trump, d’ailleurs, l’interpelle par son prénom à plusieurs reprises. Par sa présence télégénique, sa posture, sa façon très directe de formuler les questions, Chris Wallace entraîne les deux candidats dans un trio plutôt qu’un duo. Celui-ci était sans doute attendu et il est fort possible que certaines réactions du public aient été préparées de façon à détourner Wallace de son objectif.

Selon que vous avez regardé le débat sur une chaîne française (BFM par exemple) ou américaine (ABC News par exemple), vous n’aurez pas vu la même chose. Les réalisateurs américains montrent quasi-systématiquement une image scindée en deux parties, l’une avec le candidat qui parle et l’autre avec le candidat qui écoute (et ne fait pas qu’écouter comme on le verra ci-dessous !). Le réalisateur français, lui se focalise sur l’orateur, ce qui ne permet pas de voir en simultané la réaction de l’autre candidat.

Les télévisions américaines nous ont donc offert un spectacle plus complet et ont permis d’observer un large panel d’expressions possibles : visage impassible (surtout Hillary), sourire ironique, agacé, mâchoires serrées, etc. On notera un procédé spécifique à Donald Trump qui consiste à répéter un mot à haute voix puis à voix basse (il n’y a plus le son) : « Wrong » « Wrong » « Wrong ». (à 4h16 au moment de l’échange sur l’Irak) Il y aurait peut-être matière à étudier plus en détail les jeux de masque de chacun des candidats, et en particulier ceux du candidat Trump qui imprime une image très forte à l’écran avec beaucoup plus de naturel qu’Hillary Clinton.

Une question s’est d’ailleurs vite imposée à nous : Trump, contrairement aux fois précédentes, s’est-il préparé à ce débat ? On sait qu’Hillary Clinton l’a fait et on a vu qu’elle avait réussi à s’imposer autant sur le fond que sur la forme – en résistant à l’énergie déstabilisante de son adversaire (notamment au deuxième débat). Il lui reste cependant à corriger sa tendance à baisser les yeux trop fréquemment lorsqu’elle parle. Pour le reste, elle a su rester ancrée, même si on l’a vu s’agiter quand Trump parle des femmes (« je ne me suis pas excusé auprès de ma femme parce que je n’ai rien fait » – « personne ne respecte les femmes plus que moi, personne »)  ou tendue lorsque elle est attaquée sur le Fondation Clinton (« c’est une entreprise criminelle »), mais Hillary, véritable machine à sourire au bon moment, reprend l’avantage quasi systématiquement, et en particulier à la fin de son « closing statement » qu’elle avait manifestement répété au contraire de Trump.

Donald Trump qui, pourtant, nous a semblé en net progrès sur le plan de la gestuelle et de la présence. Moins agressif que dans le deuxième débat, il a tenu le rythme et a paru mieux maîtriser ses émotions. Un usage efficace de la main droite pour appuyer ses propos généraux et de la main gauche pour désigner son adversaire (placée à sa gauche) donne une véritable dynamique à ses interventions.

La meilleure sortie de scène est celle d’Hillary Clinton, toute de blanc crème vêtue (après le bleu, puis le rouge… on retrouve les trois couleurs de l’Amérique !) qui vient serrer longuement et chaleureusement la main de Chris Wallace alors que Trump reste sur le plateau, en retrait, mine sombre. L’attitude de la candidate reflète-t-elle la confiance qu’elle éprouve ? Ou celle qu’elle veut absolument exprimer pour marquer les esprits ? A ce stade, le ressenti profond et l’intention se confondent probablement. Hillary Clinton interprète avec détermination et constance le rôle qu’elle compte bien endosser à compter du 8 novembre prochain.

 

Vous n’avez pas lu les décryptages des premier et deuxième débats. C’est ici et