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Briller dans les dîners en ville : la juste équation entre l’argent de la parole et l’or du silence !

Le témoignage de Sophia : « Je suis directrice du marketing dans un groupe important de produits de grande consommation. J’ai donc l’habitude de faire des présentations professionnelles devant des publics divers, qui vont de l’équipe commerciale au comité de direction en passant par des interventions en anglais dans nos réunions internationales.
C’est un exercice qui non seulement ne me fait pas peur mais dans lequel je me sens compétente et auquel je prends plaisir.
En revanche, tout change lors d’occasions moins formelles.
Du fait de ses fonctions, mon époux et moi-même sommes souvent conviés à ce qu’il est convenu d’appeler des « dîners mondains ».
J’éprouve alors beaucoup de difficultés à participer de façon active aux conversations, sauf pour acquiescer ou dire quelques mots. Si je me lance dans un récit ou une démonstration, j’ai l’impression de ne pas être claire, de dire des platitudes et d’ennuyer mes interlocuteurs. Alors, la plupart du temps, je reste silencieuse, mais je n’aime pas l’idée de passer pour une potiche. »

On notera que les occasions professionnelles de prise de parole de Sophia sont des interventions qu’elle a pu préparer. Ce qu’elle ne fait très probablement pas lors des dîners en ville !
Puisque Sophia apparaît comme une personne intellectuellement capable et à l’aise dans l’expression orale, un moyen de faciliter sa prise de parole « en ville »  pourrait être de se préparer à ses interventions extra-professionnelles, ainsi qu’elle sait le faire dans le cadre de sa fonction :
quels sont les sujets d’actualité ? Quels thèmes sont susceptibles d’intéresser l’auditoire des convives ? De quelle façon pourrait-elle rendre son sujet attractif ?
Elle pourrait même dresser un plan sommaire de son intervention sur ces sujets et… se lancer au moment opportun. Elle prendrait progressivement confiance en elle et cela deviendrait alors pour elle un exercice aussi facile qu’une de ses interventions au travail.
Mais, avouons-le, se limiter à cela nous semble artificiel et insuffisant si Sophia ne procède pas auparavant à une véritable analyse des raisons de ses difficultés. Et donc en répondant d’abord à la question suivante : Quels faits avérés lui ont-ils montré qu’elle ennuyait ses interlocuteurs ?
Elle nous dit qu’elle en a l’impression, mais sur quoi se fonde-t-elle ? A-t-elle perçu des regards ennuyés ou des mines ironiques ? Des commentaires lui ont-ils fait comprendre que son intervention était sans intérêt ?
Elle pourrait d’abord vérifier cela –auprès de son conjoint, par exemple.
Si, comme c’est fort probable, ce n’est pas le cas, elle pourrait réfléchir sur les deux thèmes suivants :
Puisqu’elle évoque sa crainte de la « platitude » le premier axe de réflexion est lié à la qualité de la parole :
Puisqu’elle dit ne pas ressentir ce malaise quand elle intervient dans son domaine professionnel, peut-être se sent-elle « illégitime » à aborder des sujets qui sont hors de son champ de compétences ?
C’est le cas de beaucoup « d’experts » qui peuvent être submergés par l’esprit de sérieux qu’évoquait Nietzsche en disant « Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel. ». S’autoriser un peu de légèreté permettrait à Sophia d’apprécier ces moments pour ce qu’ils sont, des instants de sociabilité plutôt que de démonstration de ses savoirs.
Enfin, le second thème est lié à la qualité du silence, puisqu’elle redoute de passer pour une « potiche » :
Il est en effet essentiel de rappeler que « faire impression », ou, autrement dit, laisser une trace dans le souvenir de ses interlocuteurs, ne passe pas forcément par la parole. C’est même souvent l’inverse : un individu qui monopolise la parole laissera derrière lui une image beaucoup moins positive qu’une personne qui a compris que l’écoute de l’autre est le moyen privilégié d’entrer en communication avec lui.
Si Sophia est une personne qui sait écouter, montrer la qualité de son écoute et de son attention à son interlocuteur, le relancer avec à-propos et le mettre en lumière, alors sa présence dans ces fameux « dîners mondains » ne peut être qu’appréciée par ceux qu’elle éclaire !

Françoise Goullieux