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Alors j’étais comment ?! Donner et recevoir du feedback après une prise de parole

Donner un feedback efficace après une intervention est une entreprise qui ne s’improvise pas, au risque de conduire à un résultat totalement contre-productif. Le témoignage de Séverine : «Mon collègue Fabien et moi venions de présenter notre rapport devant l’Assemblée Générale de notre association. Fabien avait présenté les éléments chiffrés de l’étude, tandis que j’avais ensuite exposé nos conclusions et recommandations. Peu habituée à ce genre d’exercice, j’ai demandé à Fabien, qui, lui, disait se sentir à l’aise dans sa partie, ce qu’il pensait de ma présentation. J’espérais de sa part un retour circonstancié assorti d’idées et de discussions qui m’aideraient à progresser. Or, Fabien me dit seulement « Bien. C’était bien. Tu devrais juste parler un peu moins vite ». Je le remerciai, un peu déçue et frustrée. A mon tour, je profitai de l’occasion pour lui donner mon opinion. Selon moi, il avait un peu ennuyé son auditoire par un discours trop technique, le noyant sous des données complexes. Fabien m’a interrompue en me jetant «Tu ne vas pas m’apprendre mon boulot quand même ! ». J’ai réalisé que j’avais commis un impair…». Séverine a sollicité l’avis de Fabien à l’issue de son exposé sans, semble-il,  lui en avoir fait auparavant la demande.  Et Fabien a été peu loquace. Pourquoi ? Une première hypothèse est que Fabien, sans doute occupé à une sorte « d’auto-analyse » de sa propre prise de parole, a suivi d’une oreille distraite celle de Séverine. Faire un bon débriefing nécessite évidemment écoute et regard attentifs, activités mobilisant fortement l’intellect de l’auditeur. Cela n’était probablement pas le cas de Fabien à ce moment là. Il s’est donc trouvé embarrassé quand Séverine lui a demandé son opinion « au pied levé ». Comment donner son avis sur quelque chose qu’on n’a pas vraiment écouté ? Une seconde hypothèse est que Fabien n’a pas envie de donner du feedback à Séverine : peut-être considère-t-il que sa présentation était médiocre ? De ce fait peut-être craint-il  de la vexer en le lui disant et donc de dégrader la qualité de leurs relations ? Sa réaction aux remarques de Séverine tendrait à donner corps à cette supposition. Qu’a fait Séverine, de son côté ? A-t-elle réellement donné un feedback utile à Fabien ? D’ailleurs, était-elle légitime à donner son opinion à Fabien, qui ne la lui demandait pas ? En théorie, il est acceptable que, motivée par un réel souci d’amélioration des performances, une personne donne un « avis objectif » sur l’intervention de quelqu’un qui n’a pas sollicité celui-ci. Séverine pouvait donc, a priori, donner son opinion quant à la présentation de Fabien. Mais cela l’obligeait alors à s’assurer qu’elle ne tomberait pas dans  un certain nombre de pièges : Tout d’abord, elle aurait pu demander à Fabien si celui-ci souhaitait qu’elle lui fasse part immédiatement de ses remarques. Etait-il disponible pour l’écouter ? N’avait-il pas d’autres priorités à ce moment-là ? Peut-être y avait-il encore beaucoup de monde autour d’eux alors que Fabien souhaitait que cette discussion reste privée ? Ensuite, Sévérine n’a donné que son propre ressenti : selon elle Fabien a « noyé » l’auditoire. Comment le sait-elle ? A-t-elle constaté que des personnes s’interrogeaient ou avaient décroché ? Séverine aurait certainement gagné à indiquer d’abord à Fabien les faits qu’elle avait constatés en précisant à quels moments  de l’intervention de Fabien ils s’étaient produits -par exemple des gens concentrés sur leurs smartphones ou qui parlaient à leur voisin lors de l’énoncé de données complexes. Ce n’est qu’ensuite qu’elle aurait pu exprimer l’hypothèse qu’elle en tirait : « ils ne sont pas intéressés » -et peut être pas, d’ailleurs, parce qu’ils sont « noyés ». Cela lui aurait permis de commencer avec Fabien une discussion utile pour analyser la qualité de la présentation et amorcer des axes d’amélioration. Faute de se baser sur des faits, Séverine a, hélas, visiblement froissé Fabien qui s’est senti, comme le montre sa réaction, remis en cause et s’est alors fermé à tout échange sur le sujet. Un débriefing après une prise de parole peut être un échange fructueux menant à des améliorations concrètes. Mais cela ne se fera qu’à condition d’être à l’écoute de la situation et de l’autre, au-delà de son propre ressenti.

Françoise Goullieux